La gestion de la puissance

 
 
 
 

Notions de puissance et bâtiment durable

publié le 2 octobre 2014 (modifié le 18 mai 2018)

1. La gestion de la puissance électrique
2. Comment lisser ces pics de consommation ?
3. Puissance et Réflexion Bâtiment Responsable 2020-2050
4. Expérimentations et projets
EN SAVOIR PLUS

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1. La gestion de la puissance électrique

La notion de puissance en physique représente une quantité d’énergie par unité de temps. La puissance électrique se mesure en watts.

Le stockage électrique ne pouvant aujourd’hui s’opérer qu’en petites quantités, il est donc obligatoire d’être en mesure de produire à un instant donné la quantité d’électricité correspondant à la demande des consommateurs.

Une pointe de puissance correspond à un maximum instantané de puissance électrique appelée sur le réseau. On parle de pointe de consommation lorsqu’un appel de puissance est très élevé sur une période. On distingue plusieurs types de pointes :

  • La pointe horaire : correspond à la période de la journée où la puissance appelée est maximale (aux environs de 19h)
  • La pointe journalière : écart de puissance d’un jour à l’autre
  • La pointe saisonnière : variation de puissance selon les périodes de l’année (entre été et hiver)

C’est donc sur ces pointes que le dimensionnement des infrastructures de production, de transport, et de distribution du réseau électrique est indexé, afin de garantir une sécurité d’approvisionnement pour tous les utilisateurs (la continuité de la fourniture doit être assurée même lors des pics de consommation les plus élevés).

L’enjeu principal de la gestion de la puissance électrique va donc être de parvenir à lisser ces pointes. En effet, les consommations en pointes sont celles qui représentent le plus de coûts économiques et environnementaux :

  • Les infrastructures du réseau nécessitent d’être dimensionnés de manière permanente de sorte à pouvoir supporter les besoins extrêmes de quelques jours par an.
  • Les centrales utilisées en pointe sont souvent celles utilisant des énergies fossiles (gaz, charbon, fioul), qui sont à l’origine de rejets de CO2 importants.
  • Le besoin d’importer de l’électricité auprès de pays étrangers au prix maximum, ce qui se répercute de fait sur la facture du consommateur.


2. Comment lisser ces pics de consommation ?

L’analyse des consommations et leur évolution sur ces dernières années permet de conclure que la problématique de la pointe dans le système français est principalement saisonnière et est donc liée à l’usage du chauffage domestique électrique.

Il existe deux types d’approches dans les programmes de gestion de la puissance dans le secteur du bâtiment : les mesures qui concernent la consommation en énergie et les mesures concernant la production d’énergie.

Il existe deux types d’approches permettant le lissage de ces pointes, chacune proposant des solutions variées.

Approche consommation

Cette approche s’opère par une maîtrise de la demande en pointe, qui s’effectue selon trois axes :

  • Maîtrise globale de la demande

Toutes les mesures de réduction des consommations d’énergie dans le bâtiment sont utiles pour l’enjeu précis des pics de consommations parce qu’elles réduisent la consommation en base, et donc aussi la puissance nécessaire en consommation de pic.

  • Maîtrise des usages de pointe

En ce qui concerne le bâtiment, cela passe notamment par le respect des consignes de températures (19° en température de chauffage et 26° en température de climatisation).
Notons ici l’importance des campagnes de communication pour sensibiliser les usagers à l’importance des consommations lors des vagues de froid ou de chaleur.

  • Effacement énergétique

Définition : l’effacement consiste en une réduction temporaire du niveau de consommation d’un site, en réponse à une sollicitation extérieure. Le recours à l’effacement permet de lisser la courbe de charge énergétique et en particulier celle du réseau électrique en réduisant les pointes.

Outils : l’effacement nécessite un boitier pour contrôler la gestion de certaines consommations dans le bâtiment (chauffage, Eau Chaude Sanitaire (ECS), électroménager ou autres). Le contrôle de ces effacements peut s’effectuer passivement par un opérateur extérieur ou activement par l’usager lui-même, informé du pic de consommation. Il devient ainsi un « consomm’acteur ».
Une autre solution passe par des contrats d’approvisionnement en électricité avec coûts différenciés selon les périodes de consommation (allant jusqu’à des niveaux extrêmement élevés pendant les moments de pics) ou encore avec une différenciation des prix selon la puissance (baisse du prix si une même consommation est étalée dans le temps).

Freins : la valorisation de l’effacement pour le consommateur, l’acceptabilité, et le coût des boitiers nécessaire à la gestion de l’effacement sont autant d’éléments susceptibles d’entraver une démarche de maîtrise de la puissance. Notons également l’effet report impliqué par ces outils (= la consommation électrique effacée engendre des économies d’énergie qui peuvent toutefois être en partie annulées par un surplus de consommation à l’issue de la période d’effacement, par exemple pour remettre le logement à la température souhaitée : l’effet est non négligeable pour l’ECS par exemple, mais moins important pour le chauffage).

Approche production

  • Production décentralisée, énergies renouvelables et stockage

La gestion des problématiques de puissance dans le bâtiment peut passer par une production décentralisée de l’énergie. D’une part avec la diversification du mix énergétique (particulièrement pour le chauffage) qui permettent aux consommations de se déporter du réseau électrique lors des pics. D’autre part, l’essor de la production d’énergie renouvelable au niveau des logements redessine le parc de production. Une meilleure articulation est possible à l’échelle locale, du réseau ou à des niveaux intermédiaires, pour articuler cette production aux consommations. L’objectif est une désynchronisation de la demande et de la production. Cela est rendu possible notamment avec le développement dew capacitw de stockage,que ce soit par le développement de la voiture électrique ou par d’autres moyens (par exemple, une vague de chaleur permet une production plus importante par le vecteur solaire et donc peut correspondre au pic de consommation dû aux climatiseurs).

  • Smart-Grids

Il s’agit actuellement de la solution la plus aboutie pour une gestion « intelligente » englobant à la fois de la production et de la demande.

Définition : le terme smart grids, littéralement « réseaux intelligents », se définit dans ce contexte comme des « réseaux de distribution et de gestion d’énergie intelligents ».
Concrètement, un smart grid est un réseau électrique communicant qui intègre les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) dans son fonctionnement. Cela permet d’établir des interactions entre les réseaux d’électricité et les bâtiments auxquels ils sont raccordés. Leur taille est souvent assez vaste pour permettre une mixité d’usage.

Outils : la mise en place d’un smart grid passe par l’installation de compteurs et autres équipements intelligents, mais aussi parfois de dispositifs de production décentralisée (panneaux solaires…)

Freins : le coût d’installation de ces équipements est important, et il est également difficile d’implanter un smart grid dans un quartier existant.

(pour davantage de précisions sur les smart grids, consulter la fiche dédiée)


3. Puissance et Réflexion Bâtiment Responsable 2020-2050

La gestion de la puissance se raccroche à de nombreuses thématiques évoquées dans les rapports du groupe de travail RBR.

Il s’inscrit dans la volonté de réduction des consommations du bâtiment (et donc de tendre vers l’énergie positive) par une évaluation qui se porterait à la fois sur la puissance et la consommation.

Ainsi, dans le rapport #3 (voir ici), la gestion de la puissance fait partie du noyau dur de critères suggérés par le groupe de travail dans le but de constituer un label.

Notons que la gestion de la puissance peut également s’envisager pour d’autres énergies, à savoir pour le gaz ou la chaleur. Cependant, les recherches et expérimentations sont beaucoup moins développées sur ces sujets, notamment car le stockage de ces énergies est plus simple à opérer que le stockage électrique.


4. Expérimentations et projets

Compteur intelligent Linky, EDF
Linky est le compteur communicant du gestionnaire de réseaux de distribution d’électricité ERDF. Installé chez les particuliers et relié à un centre de supervision, il est en interaction permanente avec le réseau, d’où la qualification de « communicant » ou « intelligent ». Le compteur mesure l’énergie consommée en temps réel, reçoit et envoie des données et des ordres à distance, sans nécessiter obligatoirement l’intervention physique d’un technicien. L’avantage pour le client est d’abord un gain de temps avec des délais et des processus d’intervention raccourcis et simplifiés (ex. : délais d’intervention ramenés de cinq jours à moins de vingt-quatre heures), et surtout des facturations sur la base de consommations réelles (et non plus sur des estimations), qu’il sera possible de suivre en temps réel via Internet ou un smartphone pour mieux maîtriser sa consommation (ex. : le site expérimental de consultation « Watt et Moi »). Les fournisseurs d’énergie sont également gagnants puisque les réclamations liées aux questions de facturation devraient diminuer et que de nouveaux services, mieux adaptés aux besoins réels des clients, pourraient être proposés à tarif égal. Trente-cinq millions de compteurs nouvelle génération Linky devraient être installés en France d’ici 2020 ; il s’agit de la première étape du déploiement d’un réseau électrique intelligent à grande échelle par ERDF.

Boitiers d’effacement, Voltalis & RTE
Mise en place depuis 2003 dans régions pilotes (Bretagne et Cote d’Azur) par RTE expérimentation « ajustement diffus » : mise en place par la société Voltalis de boitiers qui pilotent l’effacement de certains postes de consommations chez les ménages qui reçoivent des prix incitatifs en échange.


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