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Retour sur la conférence du 20 février : immobilier et low tech

publié le 7 mars 2019

Dans le cadre du cycle Immobilier & Prospectives, l’OID et le Plan Bâtiment Durable ont abordé la traduction du mouvement « low tech » pour le secteur immobilier. Philippe BIHOUIX, Auteur de L’âge des low tech : vers une civilisation technologiquement soutenable, a apporté son témoignage, suivi d’une table-ronde réunissant Maxime LANQUETUIT, Directeur de l’innovation groupe – Altarea Cogedim, Etienne DELPRAT, Doctorant Chercheur – Laboratoire Art & Science, Architecte – Collectif YA+K et Jérôme GATIER, Directeur – Plan Bâtiment Durable.

Les ressources naturelles, et notamment minières, s’épuisent. En parallèle, les matériaux ou objets produits et utilisés aujourd’hui démontrent très peu de « circularité ». En effet, ces ressources ont des usages dits « dispersifs ». C’est le cas du plastique bien entendu, qui n’est recyclable qu’un certain nombre de fois, mais également des métaux, qui ne démontrent pourtant pas de perte de performance suite à leur recyclage.
La question des ressources doit donc être au cœur des préoccupations, et s’imposer dans un débat aujourd’hui essentiellement monocritère axé sur les émissions de gaz à effet de serre.
Le développement de solutions techniques « simples », dit « low-tech », représente une opportunité pour faire face à la consommation énergétique accrue des usages numériques, mais également à la fragilité d’équipements complexes face aux événements climatiques extrêmes.
Recyclage, modularité, réparabilité, simplicité et sobriété sont les maîtres-mots des low-tech. Cette simplicité rend possible l’implication et l’autonomie des individus, et permet également le développement de communautés d’intérêt et de savoirs.

Le secteur immobilier doit se poser les bonnes questions

  • Pourquoi produit-on ?

Le bâtiment ayant le moins d’impact est celui que l’on ne construit pas. La question de la sobriété doit être au centre, et ici, la sémantique tient une place toute particulière :

"La sobriété n’est pas synonyme d’efficacité."

Renforcer l’efficacité énergétique d’un bâtiment implique souvent d’utiliser de nombreux matériaux, notamment pour l’isolation, ce qui a un impact important. La sobriété elle, se traduit dans le secteur par la priorisation de la réhabilitation et de la mutualisation des bâtiments existants sur les opérations de constructions neuves.

En parallèle, il faut penser la sobriété à l’usage, et le pull s’impose de lui-même, car :

"Isoler un corps a toujours été plus efficace qu’isoler un bâtiment."

  • Que produit-on ?

Ici plusieurs problématiques peuvent apparaitre : comment accroître la durabilité d’un bâtiment ? Il s’agit de penser l’obsolescence des lieux, mais également leur modularité. Comment limiter le caractère « dispersif » d’un bâtiment ? Les matériaux doivent aussi être choisis en fonction de leur démantèlement. Comment réduire l’empreinte carbone en fin de vie ? Cette question invite à approfondir la réflexion sur les notions de réutilisation, réemploi, recyclage, économie circulaire, stockage, valorisation des matériaux, etc. Ces sujets doivent être abordés dès la conception d’un bâtiment et en cohérence avec le contexte local (quartier, initiatives proches, échanges locaux, etc.).

  • Comment le produit-on ?

Cette question vient interroger des logiques sous-jacentes souvent peu pensées. Aujourd’hui, le secteur immobilier français est totalement dépendant d’autres pays dans un contexte géopolitique fluctuant, du fait de l’origine des matériaux utilisés (les terres rares extraites en Afrique, les panneaux photovoltaïques assemblés en Asie, …).
La question de la résilience doit également être largement abordée pour assurer la durabilité des constructions face aux aléas climatiques de plus un plus prégnants.

Une problématique purement technique ?

Différents exemples d’initiatives en termes d’efficacité ont démontré leurs limites du fait des effets rebonds. Ceux-ci sont définis par la logique suivante : les économies d’énergie ou de ressources initialement prévues par l’utilisation d’une nouvelle technologie sont partiellement ou complètement compensées à la suite d’une adaptation du comportement de la société. L’« effet Blablacar » n’a jamais vraiment existé, si la plateforme enregistre de plus en plus de mutualisation, l’utilisation de la voiture n’a pas diminué pour autant.

"Ces exemples soulignent que le mouvement low-tech ne se résume pas à un raisonnement purement technique, mais bien socio-technique, organisationnel et culturel."

Tour d’horizon des initiatives des différentes parties prenantes du secteur

Etienne DELPRAT, architecte du collectif YA+K a passé en revue les différents projets initiés et a insisté sur l’existence d’un quatrième pilier au développement durable : le pilier culturel. Pour rejoindre le mouvement des low-tech et embarquer l’ensemble des acteurs et citoyens dans ce dernier les représentations, usages et l’organisation de la société doivent être bousculés.

Maxime LANQUETUIT, directeur de l’innovation groupe chez Altarea Cogedim, a partagé son analyse de l’évolution du métier de promoteur. La construction d’un bâtiment et son évolution doivent se penser à l’échelle de son environnement proche, et intégrer les logiques du quartier. Mutualiser les espaces, et certains réseaux encore peu développés, devient essentiel à l’heure où la mobilité et le numérique bousculent nos modes de vie

Jérôme GATIER, directeur du Plan Bâtiment Durable, a fait un rappel des outils et textes réglementations et à venir. La future réglementation environnementale (RE2020) promeut une réflexion plus globale que la seule consommation énergétique en incluant l’impact carbone du bâtiment tout au long de son cycle de vie.

Retrouvez la vidéo de la table ronde et des regards d’experts sur la chaîne YouTube de l’OID.

>> Télécharger le support de la présentation low-tech du 20 février 2019 (format pdf - 4.6 Mo - 07/03/2019)

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